2002 :
élimination
de Jospin au 1° tour de la présidentielle – le
tocsin qu’on n’entend
pas -
2005:
Refus
de
la
Constitution européenne partagé
par Fabius
et
Emmanuelli,
vu
comme un problème
interne au PS et non comme
une
erreur d’aiguillage.
2012 :
Discours du Bourget
cristallisant
un malentendu entre Hollande
et son électorat. « Mon
véritable adversaire, c’est le monde de la finance »
La
plupart des électeurs socialistes ne veulent pas voir ou prendre au
sérieux, la modération du programme économique et social de
Hollande.
Son
engagement pour un contrôle des produits
financiers toxiques
relèvent davantage de considérations tactiques que d’une
conviction de fond.
Les
fondements de son programme économique portent sur la compétitivité
des PME et le retour à l’équilibre des finances publiques dès la
fin du quinquennat.
Hollande
assume d’ailleurs rapidement cette approche «social-libérale» et
annonce, en novembre 2012, la mise en place du CICE, un crédit
d’impôt sur les bénéfices des entreprises à hauteur de 21
millions
de
liasse de 20
biftons de 500 euros,
dont
l’ordonnateur central (Jean
Pisany-Ferry)
dit ne pas savoir où passait le
grisbi, du fait de la
complexité ahurissante
du système.
La
politique économique de Hollande fut bien éloignée du discours du
Bourget et
il faut
noter
la continuité de ses positions sur le sujet.
Proche
de Delors en 1980,
il propose de répondre aux défis de la mondialisation et de
l’approfondissement de la construction européenne par une
politique fondée sur la compétitivité des entreprises et une
flexibilité accrue du marché du travail qui serait contrebalancées
par la défense de l’État social, une protection plus
individualisée des travailleurs et le développement de la formation
continue.
Sous
son quinquennat, ses choix politiques sur des sujets économiques,
sociaux mais aussi régaliens déstabilisent et clivent sa famille
politique.
*
La
proposition de déchéance de nationalité à
la suite des attentats du Bataclan en 2015
*la
loi travail dite loi
El Khomri,
qui
accroît
la flexibilité du marché du travail en
2016.
Comment
comprendre ces propositions en décalage avec l’idéologie de la
gauche traditionnelle ?
1981 :
72 %
des ouvriers et 62 % des employés ont voté pour Mitterrand au
second tour : des chiffres que la gauche n’a jamais retrouvés
depuis.
En
devenant un parti de gouvernement, les socialistes ont mis en œuvre,
surtout après 1984 et la nomination à Matignon de Fabius, une
politique économique privilégiant la modernisation industrielle, la
libéralisation financière, et l’approfondissement
de la construction européenne
tout en s’efforçant de défendre l’État social dans un contexte
de chômage de masse touchant l’ensemble des sociétés
occidentales.
Ces
choix des socialistes au pouvoir, pas complètement assumés et
expliqués, contribuent à éloigner
le PS des classes populaires
Années 1990:
les
électeurs socialistes
se réfugient dans l’abstention. Une part significative rallie
Le Pen tandis qu’une petite minorité opte pour des partis de
gauche plus radicaux. Surtout, la gauche n’attire plus les
nouvelles générations d’ouvriers et d’employés qui, après
1995, votent majoritairement et sans discontinuer pour la
droite et l’extrême droite
Ce
divorce s’accompagne d’une autre rupture avec les personnels de
l’État, longtemps bastion privilégié du socialisme français.
Années
2000,
les enseignants
ont cessé de voter en masse pour le PS, à (l'exception
notable de l'élection d’Hollande
en
2012) lui reprochant des prises de positions trop favorables à
l’égard de la mondialisation
libérale
et des politiques éducatives ne répondant pas à leurs attentes.
En
dehors de quelques mesures phares impulsées sous les gouvernements
de Rocard et Jospin – Revenu Minimum
d’Insertion,
semaine
de 35 h, Couverture
Maladie
Universelle
–
le PS
assume une politique de l’offre tournée vers la compétitivité
des entreprises et la primauté d’une régulation de l’activité
économique par des mécanismes de marché dont la puissance publique
doit corriger
les excès par des politiques sociales ciblées.
Ces
orientations politiques creusent les divisions de la gauche et
affaiblissent le PS.
Si
ce dernier s’est appuyé sur des organisations telles que le PC
ou les Verts pour nouer des alliances ponctuelles au gré des
scrutins européens ou locaux, il ne parvient plus à créer une
dynamique, comme ce fut le
cas dans les années 1970.
2017:
le rejet assumé du clivage
gauche-droite
par Macron et Mélenchon, rejoignant sur ce point la position du FN
qui, dès la fin des années 1990, lui substituent l’opposition
entre « mondialistes » et «nationaux», porte un coup
dur au PS désormais perçu comme l’une des principales
incarnations du «vieux monde» politique.
La
faiblesse des réseaux socialistes, l’enracinement
sociétal de la SFIO puis du PS qui, contrairement aux soc-dém
d’Europe du Nord, furent toujours des
partis d’élus et non de masse,
est resté faible à l’exception de rares fédérations
emblématiques comme celle du Nord.
Années 70 :
le décollage du PS s’explique par une capacité de mobilisation
au-delà de ses traditionnelles mairies.
Le
parti trouve des relais dans des syndicats ouvriers (la CFDT) et
étudiants (l’UNEF) mais aussi dans les milieux associatifs et
coopérateurs.
Il
est ainsi courant que les militants PS soient également encartés à
la CFDT et exercent des fonctions associatives, par exemple dans les
fédérations de parents d’élèves.
L’influence
du PS sur ces réseaux a disparu depuis longtemps et l’épisode de
la Loi Travail a achevé de déstabiliser la CFDT, historiquement
ouverte à un dialogue (qui ne fut jamais simple) avec le socialisme
de gouvernement.
Plus
largement, dans la perspective d’une recomposition et d’une
réinvention du PS, l’affaiblissement des corps
intermédiaires qui
s’est accéléré sous le quinquennat Macron, le prive d’un
levier de sortie de crise.
Un
autre facteur, plus souterrain, peut également être mobilisé pour
comprendre la déconnexion croissante entre les élites socialistes
et la société. Il réside dans la relation que cette organisation
entretient avec l’État depuis
1980.
Des
politistes ont mis en lumière un phénomène de cartellisation.
En
devenant un parti de gouvernement, le PS a accru sa dépendance
vis-à-vis de l’État non seulement pour ses finances, de plus en
plus dépendantes de l’argent public, mais aussi pour son expertise
avec la pénétration massive de hauts fonctionnaires au sommet de
l’appareil.
Cette
mue du PS en une «agence semi-publique centralisée» l’a
considérablement éloigné des militants
et de la société.
Facteurs
de court, moyen et long terme se conjuguent donc pour expliquer le
score dérisoire de la candidate socialiste au 1° tour de la
présidentielle de cette année.
Depuis
2017, le PS est bien en voie de « pasokisation », vocable
passé dans le langage des sciences sociales en référence au Parti
socialiste grec (PASOK) qui disparaît presque complètement du
paysage politique à la suite de la terrible crise économique et
sociale ayant frappé le pays à la fin des années 2000.
Pasokisation
n’est cependant pas synonyme de disparition.
Comme
l’ont montré de nombreux travaux, «les partis meurent longtemps»
et disposent d’une capacité
de résilience
dont témoigne le regain de certains partis soc-démo européens.
Le
PASOK lui-même pourrait offrir un bon exemple de sortie de crise au
PS : après une décennie compliquée, cette organisation
retrouve des couleurs grâce à la réactivation de réseaux d’élus
et de syndicalistes locaux ainsi qu’à l’émergence d’un
nouveau leader.
Clamence
avait
vidé mon sac en reprenant l’analyse très sérieuse de Mathieu
Fulla, chercheur
permanent
au
Centre d’Histoire de
Sciences Po ou
il enseigne.
Ses travaux portent sur l'histoire des gauches en Europe aux XXe et
XXIe siècles.
Clamence
reconnaissait avoir trop souvent manqué de vigilance. Le manque de
véritable débat sur les sujets essentiels a lourdement handicapé
la réactivité du Parti.
Maintenant
où sont les propositions des opposants externes ou internes du PS
pour
que la constitutionnalité de leurs propositions soit admise et que
le plafond de cristal des multinationales européennes soit brisé ?
Le
tout sans que la machine économique soit en morceaux ou bêtement
nationalisée.
On
pourrait faire quoi et comment ?
*Réactiver
l’usage du référendum ?
*Développer
le référendum d’initiative citoyenne ou partagée ?
*Élargir
la démocratie participative ?
*Trouver
une nouvelle étape de décentralisation ?*Différencier et
doter du droit à l’autonomie des territoires ?
autant
de thèmes pour tenter de réconcilier les citoyens avec l’action
publique.
Que
la tentation d’une petite bousculade pour prendre le Palais
d’Hiver, comme le 25 octobre 1917 à Petrograd, abandonne la tête
de Mélenchon qui fut parmi les premiers humains à ne pas connaître
le goût du sang des guerres civiles dans son pays, serait surprenant...
PS: Clamence avait oublié de dire que Ruffin était le seul politique de gauche, du centre, de droite, d'en haut, d'en bas ou d'ailleurs a porter intérêt aux paumés de chez paumés. Utile à savoir, non ?