2005: Refus de la Constitution européenne partagé
par Fabius et Emmanuelli, vu comme un problème
interne au PS et non comme une erreur d’aiguillage.
2012 : Discours du Bourget cristallisant un malentendu entre Hollande et son électorat. « Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance »
La plupart des électeurs socialistes ne veulent pas voir ou prendre au sérieux, la modération du programme économique et social de Hollande.
Son engagement pour un contrôle des produits financiers toxiques relèvent davantage de considérations tactiques que d’une conviction de fond.
Les fondements de son programme économique portent sur la compétitivité des PME et le retour à l’équilibre des finances publiques dès la fin du quinquennat.
Hollande assume d’ailleurs rapidement cette approche «social-libérale» et annonce, en novembre 2012, la mise en place du CICE, un crédit d’impôt sur les bénéfices des entreprises à hauteur de 21 millions de liasse de 20 biftons de 500 euros, dont l’ordonnateur central (Jean Pisany-Ferry) dit ne pas savoir où passait le grisbi, du fait de la complexité ahurissante du système.
La politique économique de Hollande fut bien éloignée du discours du Bourget et il faut noter la continuité de ses positions sur le sujet.
Proche de Delors en 1980, il propose de répondre aux défis de la mondialisation et de l’approfondissement de la construction européenne par une politique fondée sur la compétitivité des entreprises et une flexibilité accrue du marché du travail qui serait contrebalancées par la défense de l’État social, une protection plus individualisée des travailleurs et le développement de la formation continue.
Sous son quinquennat, ses choix politiques sur des sujets économiques, sociaux mais aussi régaliens déstabilisent et clivent sa famille politique.
* La proposition de déchéance de nationalité à la suite des attentats du Bataclan en 2015
*la loi travail dite loi El Khomri, qui accroît la flexibilité du marché du travail en 2016.
Comment comprendre ces propositions en décalage avec l’idéologie de la gauche traditionnelle ?
1981 : 72 % des ouvriers et 62 % des employés ont voté pour Mitterrand au second tour : des chiffres que la gauche n’a jamais retrouvés depuis.
En devenant un parti de gouvernement, les socialistes ont mis en œuvre, surtout après 1984 et la nomination à Matignon de Fabius, une politique économique privilégiant la modernisation industrielle, la libéralisation financière, et l’approfondissement de la construction européenne tout en s’efforçant de défendre l’État social dans un contexte de chômage de masse touchant l’ensemble des sociétés occidentales.
Ces choix des socialistes au pouvoir, pas complètement assumés et expliqués, contribuent à éloigner le PS des classes populaires
Années 1990: les électeurs socialistes se réfugient dans l’abstention. Une part significative rallie Le Pen tandis qu’une petite minorité opte pour des partis de gauche plus radicaux. Surtout, la gauche n’attire plus les nouvelles générations d’ouvriers et d’employés qui, après 1995, votent majoritairement et sans discontinuer pour la droite et l’extrême droite
Ce divorce s’accompagne d’une autre rupture avec les personnels de l’État, longtemps bastion privilégié du socialisme français.
Années 2000, les enseignants ont cessé de voter en masse pour le PS, à (l'exception notable de l'élection d’Hollande en 2012) lui reprochant des prises de positions trop favorables à l’égard de la mondialisation libérale et des politiques éducatives ne répondant pas à leurs attentes.
En dehors de quelques mesures phares impulsées sous les gouvernements de Rocard et Jospin – Revenu Minimum d’Insertion, semaine de 35 h, Couverture Maladie Universelle – le PS assume une politique de l’offre tournée vers la compétitivité des entreprises et la primauté d’une régulation de l’activité économique par des mécanismes de marché dont la puissance publique doit corriger les excès par des politiques sociales ciblées.
Ces orientations politiques creusent les divisions de la gauche et affaiblissent le PS.
Si ce dernier s’est appuyé sur des organisations telles que le PC ou les Verts pour nouer des alliances ponctuelles au gré des scrutins européens ou locaux, il ne parvient plus à créer une dynamique, comme ce fut le cas dans les années 1970.
2017: le rejet assumé du clivage gauche-droite par Macron et Mélenchon, rejoignant sur ce point la position du FN qui, dès la fin des années 1990, lui substituent l’opposition entre « mondialistes » et «nationaux», porte un coup dur au PS désormais perçu comme l’une des principales incarnations du «vieux monde» politique.
La faiblesse des réseaux socialistes, l’enracinement sociétal de la SFIO puis du PS qui, contrairement aux soc-dém d’Europe du Nord, furent toujours des partis d’élus et non de masse, est resté faible à l’exception de rares fédérations emblématiques comme celle du Nord.
Années 70 : le décollage du PS s’explique par une capacité de mobilisation au-delà de ses traditionnelles mairies.
Le parti trouve des relais dans des syndicats ouvriers (la CFDT) et étudiants (l’UNEF) mais aussi dans les milieux associatifs et coopérateurs.
Il est ainsi courant que les militants PS soient également encartés à la CFDT et exercent des fonctions associatives, par exemple dans les fédérations de parents d’élèves.
L’influence du PS sur ces réseaux a disparu depuis longtemps et l’épisode de la Loi Travail a achevé de déstabiliser la CFDT, historiquement ouverte à un dialogue (qui ne fut jamais simple) avec le socialisme de gouvernement.
Plus largement, dans la perspective d’une recomposition et d’une réinvention du PS, l’affaiblissement des corps intermédiaires qui s’est accéléré sous le quinquennat Macron, le prive d’un levier de sortie de crise.
Un autre facteur, plus souterrain, peut également être mobilisé pour comprendre la déconnexion croissante entre les élites socialistes et la société. Il réside dans la relation que cette organisation entretient avec l’État depuis 1980.
Des politistes ont mis en lumière un phénomène de cartellisation.
En devenant un parti de gouvernement, le PS a accru sa dépendance vis-à-vis de l’État non seulement pour ses finances, de plus en plus dépendantes de l’argent public, mais aussi pour son expertise avec la pénétration massive de hauts fonctionnaires au sommet de l’appareil.
Cette mue du PS en une «agence semi-publique centralisée» l’a considérablement éloigné des militants et de la société.
Facteurs de court, moyen et long terme se conjuguent donc pour expliquer le score dérisoire de la candidate socialiste au 1° tour de la présidentielle de cette année.
Depuis 2017, le PS est bien en voie de « pasokisation », vocable passé dans le langage des sciences sociales en référence au Parti socialiste grec (PASOK) qui disparaît presque complètement du paysage politique à la suite de la terrible crise économique et sociale ayant frappé le pays à la fin des années 2000.
Pasokisation n’est cependant pas synonyme de disparition.
Comme l’ont montré de nombreux travaux, «les partis meurent longtemps» et disposent d’une capacité de résilience dont témoigne le regain de certains partis soc-démo européens.
Le PASOK lui-même pourrait offrir un bon exemple de sortie de crise au PS : après une décennie compliquée, cette organisation retrouve des couleurs grâce à la réactivation de réseaux d’élus et de syndicalistes locaux ainsi qu’à l’émergence d’un nouveau leader.
Clamence avait vidé mon sac en reprenant l’analyse très sérieuse de Mathieu Fulla, chercheur permanent au Centre d’Histoire de Sciences Po ou il enseigne. Ses travaux portent sur l'histoire des gauches en Europe aux XXe et XXIe siècles.
Clamence reconnaissait avoir trop souvent manqué de vigilance. Le manque de véritable débat sur les sujets essentiels a lourdement handicapé la réactivité du Parti.
Maintenant où sont les propositions des opposants externes ou internes du PS pour que la constitutionnalité de leurs propositions soit admise et que le plafond de cristal des multinationales européennes soit brisé ?
Le tout sans que la machine économique soit en morceaux ou bêtement nationalisée.
On pourrait faire quoi et comment ?
*Réactiver l’usage du référendum ?
*Développer le référendum d’initiative citoyenne ou partagée ?
*Élargir la démocratie participative ?
*Trouver une nouvelle étape de décentralisation ?*Différencier et doter du droit à l’autonomie des territoires ?
autant de thèmes pour tenter de réconcilier les citoyens avec l’action publique.
Que la tentation d’une petite bousculade pour prendre le Palais d’Hiver, comme le 25 octobre 1917 à Petrograd, abandonne la tête de Mélenchon qui fut parmi les premiers humains à ne pas connaître le goût du sang des guerres civiles dans son pays, serait surprenant...
PS: Clamence avait oublié de dire que Ruffin était le seul politique de gauche, du centre, de droite, d'en haut, d'en bas ou d'ailleurs a porter intérêt aux paumés de chez paumés. Utile à savoir, non ?

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