lundi 21 décembre 2020

04/09/1960 – CLAMENCE OUVRIT LA VALISE A DOUBLEFOND


Arrivé à Marseille, au presbytère de temple protestant de la Rue Grignan qui l’hébergeait, Clamence s’empressa d’ouvrir la valise à double fond dont le cadenas était ouvert.

Il s’y trouvait le drapeau du FLN dont il reconnut la bordure. Il était sur le dessus du poste de TV du logement d’Idir, recouvert par un autre tapis pour qu’on ne puisse pas en voir le motif central

Il y avait aussi une note indiquant un café-hôtel en bordure du bidonville du Petit-Nanterre où Clamence devait se rendre la semaine suivante sans la valise à double fond.

Il s’y rendit, mais personne ne chercha à le joindre, en rentrant à Saint Germain en Laye où il était « auditeur libre » au Lycée international du SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) il eu l’impression d’être suivi en sortant de la gare sous l’esplanade du château

Cela se confirma quand quelqu’un le doublât en lui disant «Bonsoir Georges» - son troisième prénom qui allait lui servir de code – le troisième prénom de son père serait aussi utilisé de façon aléatoire -

 

Des certificats d’arrêt maladie fournis par un toubib complaisant, père d’un ami, lui permettait d’aller en Belgique quand cela était nécessaire

A chaque voyage la valise à double fond cadenassé était remplie par une autre personne que Clamence ne connaissait pas , lui y ajoutait des effets personnels dont il ne servait pas. Il n’avait pas la clé du cadenas et en cas d’arrestation il devait dire que quelqu’un qu’il ne connaissait pas lui avait demandé de remettre la dite-valise au Buffet de la gare de Bruxelles-midi, en faisant appeler un Théodore ou un Georges, de façon aléatoire.

Langlois et Franju, de la cinémathèque de Paris, lui avaient bidouillé un "ordre de mission" pour la CINEMATEK de Bruxelles rue Horta – visionner et inventorier les films expressionnistes allemands détenus par cette vielle cinémathèque -

Pour les faux papiers, Il sut plu tard que c’était Kaminsky, orfèvre en la matière, qui les avaient réalisés par idéalisme tiersmondiste. Le vieillir de quelques années ne fut pas difficile, tout au long de sa vie, il avait fait plus vieux que son âge .

Personne ne s’inquiéta de ses absences réitérées et il eut la chance de de ne jamais être contrôlé, surtout sur les petites routes de campagne de la frontière franco-belge.

Clamence ne sut jamais ce que contenait le double fond de sa valise (parfois de deux valises) des billets ? des armes ? des explosifs ? des documents ?

Comme on lui avait demandé, il n’avait jamais cherché à connaitre d’autres passeurs.

Ces questions et l’action solitaire l’avaient conduit à une sérieuse consommation d’alcools forts déjà bien entamée avant d’être adulte

Clamence était épuisé par ses aveux retenus depuis plus de 50 ans. Il reviendrait sur tout cela, mais ce soir, il n’avait pas envie de relire, car il allait tout effacer

Pourquoi écrire cela sur un blog, sur Facebook et sur Tweeter ?

La raison lui semblait encore obscure, mais Clamence savait qu'il la trouverait.

 

21/12/2020 - CLAMENCE RELISAIT LE DISCOURS FONDATEUR DE BLUM (1920)


 Clamence l’avait déjà décortiqué plusieurs fois, mais en ces jours de tourments pour le Parti Socialiste, il trouvait utile d’en souligner l’actualité 100 ans après

Que dire à ceux qui rêvaient de prendre sans le dire la place du Parti Communisme, dont l’expérience était morte avec la chute du mur de Berlin.

Ceux qui militaient encore sous le nom du PC, il y avait des intégristes et des nostalgiques inatteignables mais surtout des vieux camarades présents dans l’action irremplaçable du Secours Popu’ mais pas dans l’action politique du XXI° siècle.

Il y avait aussi Mélenchon et ses groupies qui y voyaient un créneau propice à prendre une bonne place d’opposant. L’intelligence et le passé de Mélenchon, apparatchik et sénateur socialiste durant des décennies plaident pour un scénario personnel et sans intérêt pour le parti socialiste à venir

 

 Ecoutons Blum sur l’aventure communiste

« Que la fin révolutionnaire, que l’idéal révolutionnaire, ce soit la prise des pouvoirs publics en elle-même et par elle-même, indépendamment de la transformation sociale dont elle doit devenir le moyen, cela, je le répète, c’est une conception anarchiste.

Car, lorsque vous raisonnez ainsi, quel est le seul résultat positif, certain, que vous avez en vue ?

C’est la destruction de l’appareil gouvernemental actuel.

Lorsque vous vous fixez à vous-même comme but la prise du pouvoir, sans être sûr que cette prise du pouvoir puisse aboutir à la transformation sociale, le seul but positif de votre renfort, c’est la destruction de ce qui est, et que l’on appelle l’appareil gouvernemental bourgeois.

Erreur anarchiste dans son origine et qui, à mon avis, est à la racine de la doctrine communiste »

« Et la représentation proportionnelle, croyez-vous qu’elle ait un autre objet ? »

 

La seconde citation que Clamence retenait comme une urgence très actuelle, portait sur la Règle Proportionnelle au sein du PS. Elle est traitée sans détour par Blum

« La Règle Proportionnelle – c’est là qu’est son importance capitale – n’était pas faite pour partager la direction entre diverses tendances, car, malgré tout, la loi des majorités existait dans le Parti au point de vue de l’action.

Quand une majorité de congrès ou une majorité de commission administrative permanente avait pris une décision, l’action de tous les membres du Parti était engagée.

L’importance de la Règle Proportionnelle n’était pas une importance politique ; c’était quelque chose de bien plus haut : c’était une importance morale.

La Règle Proportionnelle était le gage matériel de la liberté de pensée. (« Très bien ! » sur certains bancs, applaudissements)

La Règle Proportionnelle n’avait d’autre sens dans notre Parti – par cela même qu’il est de l’essence du socialisme de grouper tous les travailleurs, tous les prolétaires de tout le pays – que, à l’intérieur de la conception centrale du socialisme, toutes les variétés de pensées et d’opinions étaient tolérées.

Chacune de ces opinions, chacune de ces nuances avait sa part, sa juste part, sa libre part, dans l’élaboration de la pensée et de la volonté communes. »

 

Mieux vaudrait revisiter ces textes, avant qu’on nous les cache sous la confiture jusqu’en 2120 ?

samedi 19 décembre 2020

03/09/1960 – A LA VEILLE DE SON DEPART POUR MARSEILLE


 La veille de son départ pour Marseille à bord du Sidi-Ferruch, Idir invita Clamence à un pot de départ avec quelques-uns de ses amis kabyles

Clamence se souvenait d’une discussion passionnée sur la Cité « Diar – es – Saada » où nous nous trouvions et qui avait été construite par le génial architecte Fernand Pouillon dans les années 53/55. Ils pensaient que les ennuis de ce dernier avec la justice dans le scandale financier du Comptoir National du Logement, n’étaient pas le fait de ses amis politiques, toujours à cours d’argent, mais des américains de la CIA qui n’appréciaient guère ses réussites pour toute la population en Algérie. Pour eux, cela faisait partie d’une guerre Franco-Américaine en Afrique du Nord qui resterait à écrire, peut-être pour toujours.

 

Tard dans la nuit encore magique d’Alger, Clamence ne parvenait pas à les quitter, certain que ses hommes auraient un autre destin que de demeurer employés de maison. Hélas le destin tragique de l’histoire ne lui permit pas de les revoir, ni de savoir s’ils ont survécu à l’horreur des années 90.

 

Idir lui remit une grande valise à double fond pour y loger les souvenirs de son séjour, il demanda à Clamence de ne pas ouvrir le double fond avant d’être en France, certain qu’il ne risquait rien du fait du transport de cette valise, ni à l’embarquement, ni au cours du voyage et ni au débarquement à Marseille. Clamence le crut, tout se passa bien, mais c’était une imprudence Il l’apprit plus tard, dans d’autres circonstances.

jeudi 17 décembre 2020

17/12/2020 - PS - CLAMENCE VIVAIT LA FIN DES APPARATCHIKS


 Clamence venait de lire les propos tenus par le Premier Secrétaire de sa Fédération Départementale et de la porte-parole de sa Direction Collégiale.

Quand on ne se bat plus que sur l’interprétation des Statuts et du Règlement, c’est que l’on n’est pas loin du fond du tonneau.

Clamence pensait que tous les deux s'étaient trouvées, à la mauvaise place, au mauvais moment. Celui qui était au poste le plus élevé avait sans doute plus de choses à se faire pardonner – of course –

Malgré tout, ce n’était pas le plus important et il allait dire ce qu’il avait sur le cœur depuis trop longtemps, ça ne concernait pas l’équipe en piste et de ce fait il parlerait librement.

Sur les 40 ans et plus, pendant lesquels il avait fréquenté le PS, il avait vu monter la vague des apparatchiks, toujours près à se frayer un chemin au mépris total de l’intérêt collectif.

Pour ces gens-là, le militant était un supplétif bon à tracter, défiler ou à applaudir, au point de ne même plus prendre le temps de les flatter. Dans l’Ouest, la messe dominicale avait été remplacée par les réunions du PS et pendant les longues périodes d’opposition, la gauche grignota des postes utiles où les apparatchiks finirent par se tailler de longues rentes qui permettaient aussi au Parti de rouler sa pelote en toute légalité.

La chute du mur de Berlin n’apprit rien à personne, pas plus que la monté en puissance de la Chine, l’abandon du soutien militaire des USA à l’Europe, l’intelligence artificielle et le Big Data, pas plus que l’islam en croisade – Les savants de gauche faisaient un tour rue Solférino, puis étaient oubliés

Certains apparatchiks allèrent jusqu’à désapprendre que le néo-capitalisme ne pourrait jamais être notre partenaire et que la triangulation était un piège à cons en politique. 

Macron secoua l'arbre aux fruits mûrs et beaucoup d'apparatchiks se mirent en marche vers chez lui, sans état d'âme.

 

Le constat était rude, mais Clamence n’était pas désespéré. Il pensait qu’il serait toujours possible de faire à nouveau aboutir un parti de gauche avec une idéologie du partage, opposée au néolibéralisme, traduite en actions budgétisées avec un suivi accessible à tous.

La culture serait du ressort des premiers secrétaires du Parti, puis du premier ministre.

lundi 14 décembre 2020

14/12/2020 - CLAMENCE ET LES LIVRES

 Clamence avait toujours voué un culte aux livres

Autodidacte inconsolable de ne pas être cultivé, jeune  il avait volé beaucoup de livres (il demandait pardon à Maspero et Gilbert), ensuite il avait aussi acheté beaucoup de livres, plus qu’il ne puisse avoir le temps de lire.

Aujourd’hui, il tentait de ne pas trop céder aux avis des critiques des quotidiens et des mensuels qui devaient trouver chaque semaine le livre de l’année – pitoyables gesticulations ! –

Pour les meilleures nouveautés – Il y en avait ! - Clamence tirait de leur lecture de brèves notes pour inciter à l’achat les clients d’une librairie-café bretonne indispensable à la vie de son village breton.

Il rédigeait aussi des papiers sur ce qu’il extrayait de sa bibliothèque personnelle et qu’il allait conserver dans la partie « utile » de celle-ci.- Il en resterait quelques-uns !

Que faire des autres livres ?

Il y avait ceux qu'il ne relirai jamais, mais qui avaient droit à une autre chance au Secours Populaire. Il y avait aussi ceux pour le pilon, écrits par des politiques ou qui relevaient de l’économie et qui ne résistaient pas à l’épreuve du temps –

Quelques exceptions immortelles - la poésie - la Série Noire, surtout la plus vieille ( Gallimard) - les livres sur le cinéma et les arts plastiques -

Clamence avait eu la chance de croiser un livre de Johann CHAPOUTOT « Libre d’Obéir » (nrf essais - Gallimard 2020)

Cet ouvrage traite du passage, sans le moindre état d’âme de Reinhard HÖHN, de l’École de Management  au service du III° Reich à celui de la République Fédérale Allemande et du néo-libéralisme.

Résumé en une formule - il s’agit d’enseigner que l’objectif doit être atteint sans autre prise en compte que la réalisation du dit-objectif, la manipulation et le crime ne sont que des outils comme les autres, à condition de ne pas se faire prendre.

Ceux qui veulent une société de gauche devraient garder cet ouvrage dans la partie «utile» de leur bibliothèque – de plus, il est bien écrit et accessible à tous -

lundi 7 décembre 2020

7 décembre 2020 – L’IMAGE, LES RESEAUX SOCIAUX LES MANIFS ET LES FLICS


Clamence ne comprenait pas pourquoi les Familles, l’Éducation Nationale, les Services Sociaux, le Monde Associatif en direction de Jeunes ne se saisissaient pas d'un sujet qui leur revenait.

Frileux à l’égard de l’Etat qui se ferait fusiller s’il envisageait la moindre censure des Réseaux Sociaux, chacun regardait ailleurs.

Prendre la grave initiative de retransmettre sur les réseaux sociaux des photos de policiers « en action »sans savoir s’il ne s’agit pas d’un montage qui peut conduire à favoriser des crimes ou des actes de justice par soi-même ce qui n’est guère mieux, doit être appris de bonne heure.

L’apprentissage dès le moment où les enfants savent utiliser un smartphone est à réaliser, les graves peines encourues à l’image de celles écrites jadis sur les billets de banque pour dissuader les faussaires, devraient faire partie de l’initiation

Clamence n’oubliait pas qu’il restait à savoir comment communiquer à la Justice les photos qui peuvent être utiles à la mise en lumière de dérives policières, sans être censuré par ladite police. La question se posait pour toutes les dérives corporatistes qui hélas auto protègent beaucoup de groupes sociaux.

Une loi ? Un nouvel organisme ? Tout ça finit dans un marais, vite oublié…

Pourquoi ne pas militer pour des ONG qui ont fait leurs preuves dans chaque domaine concerné ?

Demain , retour à Alger….