Arrivé à Marseille, au presbytère de temple protestant de la Rue Grignan qui l’hébergeait, Clamence s’empressa d’ouvrir la valise à double fond dont le cadenas était ouvert.
Il s’y trouvait le drapeau du FLN dont il reconnut la bordure. Il était sur le dessus du poste de TV du logement d’Idir, recouvert par un autre tapis pour qu’on ne puisse pas en voir le motif central
Il y avait aussi une note indiquant un café-hôtel en bordure du bidonville du Petit-Nanterre où Clamence devait se rendre la semaine suivante sans la valise à double fond.
Il s’y rendit, mais personne ne chercha à le joindre, en rentrant à Saint Germain en Laye où il était « auditeur libre » au Lycée international du SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) il eu l’impression d’être suivi en sortant de la gare sous l’esplanade du château
Cela se confirma quand quelqu’un le doublât en lui disant «Bonsoir
Georges» - son troisième prénom qui allait lui servir de code – le troisième prénom de son père serait aussi utilisé de façon aléatoire -
Des certificats d’arrêt maladie fournis par un toubib complaisant, père d’un ami, lui permettait d’aller en Belgique quand cela était nécessaire
A chaque voyage la valise à double fond cadenassé était
remplie par une autre personne que Clamence ne connaissait pas , lui y ajoutait des effets personnels dont il ne servait pas. Il
n’avait pas la clé du cadenas et en cas d’arrestation il devait dire que quelqu’un
qu’il ne connaissait pas lui avait demandé de remettre la dite-valise au Buffet
de la gare de Bruxelles-midi, en faisant appeler un Théodore ou un Georges, de façon aléatoire.
Langlois et Franju, de la cinémathèque de Paris, lui avaient
bidouillé un "ordre de mission" pour la CINEMATEK de Bruxelles rue Horta – visionner
et inventorier les films expressionnistes allemands détenus par cette vielle
cinémathèque -
Pour les faux papiers, Il sut plu tard que c’était Kaminsky, orfèvre en la matière, qui les avaient réalisés par idéalisme tiersmondiste. Le vieillir de quelques années ne fut pas difficile, tout au long de sa vie, il avait fait plus vieux que son âge .
Personne ne s’inquiéta de ses absences réitérées et il eut la chance de de ne jamais être contrôlé, surtout sur les petites routes de campagne de la frontière franco-belge.
Clamence ne sut jamais ce que contenait le double fond de sa valise (parfois de deux valises) des billets ? des armes ? des explosifs ? des documents ?
Comme
on lui avait demandé, il n’avait jamais cherché à connaitre d’autres passeurs.
Ces questions et l’action solitaire l’avaient conduit à une sérieuse consommation d’alcools forts déjà bien entamée avant d’être adulte
Clamence était épuisé par ses aveux retenus depuis plus de 50 ans. Il reviendrait sur tout cela, mais ce soir, il n’avait pas envie de relire, car il allait tout effacer
Pourquoi écrire cela sur un blog, sur Facebook et sur Tweeter ?
La raison lui semblait encore obscure, mais Clamence savait qu'il la trouverait.

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