samedi 26 décembre 2020

25/12/2020 CLAMENCE SUR UNE VOIE INCERTAINE

 

Les voyages de Clamence  entre Saint Germain en Laye et la Belgique s’échelonnaient de façon irrégulière, le parcours et le moyen de transport changeaient à chaque voyage, les hébergements aussi.

L’insécurité de ces déplacements mettait à mal son caractère ombrageux, mais la justesse de la cause demeurait intacte tant qu’il était dans l’action

Après Saint Germain en Laye où ses absences bizarres et le peu d’intérêt que Clamence portait à un cursus classique, furent jugées intolérables, il lui fallut voir ailleurs.

Pion à temps partiel au Collège Cévenole Protestant du Chambon sur Lignon, il put sans difficulté mettre en piste un parcours de 300 kms du Chambon au quartier de la Cervette à Genève en faisant un léger crochet par Lyon, ville étape pour le chargement et le déchargement de la ou des valises à fond double.

Pour Clamence, la fin de ses missions fut brutale et le temps de l'esprit d’innocence allait cesser.

Juillet 62 approchait, Alger allait s’installer dans une fête provisoire de la libération des pays du tiers monde, dernier soubresaut avent le choc de la réalité.

Le départ en masse des Pieds Noirs et des Juifs n’avait été prévu par personne et ceux qui ne voulaient pas de cette voie avaient été éliminés de longue date dans les deux camps, les morts plus récentes ne faisaient que le rappeler. Clamence avait toujours des dates présentes en mémoire

27/12/1957 – Abane Ramdane – meilleur futur cadre algérien tué par ses camarades

04/01/1960 – Albert Camus – Clamence avait toujours cru en son assassinat par les Américains, un clan du FLN ou l'OAS

25 / 01/1961 – Maître Pierre Popie - Avocat tué l'OAS

22/06/1961 -Cheikh Raymond - chanteur arabophone et oudiste, tué par un clan du FLN

15/03/1962 – Mouloud Férahoun - écrivain algérien d'expression française. inspecteur des centres sociaux, tué par l'OAS

Et pour des milliers d’autres, le sang continuait à couler

Des gens inconnus de Clamence mais avec de fortes références, l’invitaient à Alger.

Il voyageait sous son nom et avec ses vrais papiers – il aurait pu le faire plus souvent –

L’Aéroport d’Alger – Maison Blanche et pas encore Houiari Boumedienne - était couvert d’avions venant de partout, surtout du sud

Idir avait rejoint depuis longtemps la willaya commandée par Amirouche. La folie de ce personnage et les manipulations réussies du Capitaine Paul-Alain Léger (la Bleuite) faisaient craindre le pire à sa femme qui attendit de ses nouvelles toute sa vie, sans résultat

Le départ des pieds noirs avait créé de tels trous dans les structures de la société du haut en bas, qu’il était facile de trouver des endroits pour agir.

Moniteur au centre aéré d’El Madania (ex-Centre du Clos Salembier)  et apprenti-homme à tout faire chez l’éditeur-libraire aux Vrais Richesses aux côtés d’ Edmond Charlot, génial dans son job,  revenu à Alger fin juillet 1962 et « reparti » en 1965. La vie de Clamence aurait pu devenir positive avec un peu plus de discernement et de constance.

La gouvernance de Ben Bella se révéla telle qu’était le personnage, inconséquent, versatile et manipulable, ce qui profita aux islamistes « au double langage »

La fête permanente n’empêchait pas Clamence d’être hantée par le contenu de ses valises à double fond et il parvient à rencontrer D* qui alimentait en explosif des attentats comme ceux de 57 qui tuèrent des civils à la Corniche, aux bars du Coq Hardy et de l’Otomatic.

Après lui avoir dit qu’il était déjà en tôle au moment de ces attentats, D* s’enfermât dans une position léniniste terrifiante de violence, comme si elle lui permettait de ne pas avoir de cauchemars, ce qui n’était certainement pas vrai.

Clamence garderait toute sa vie les propos de Camus, comme un reproche permanent et ineffaçable.

« J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. (Stockholm – 14/12/1957) »

Clamence pensait que, peut-être, D* en parlait avec son ennemi-complice au sein du nouveau pouvoir, Mikhalis Raptis dit Pablo – dirigeant de l’internationale trotskiste – mais sur ce point il avait peur qu’ils ne soient d’accord pour réserver une balle à Camus.Pour moi, plus modestement, ce serait sans doute un billet de retour précipité.

Quand début 1964, après une cuite mémorable avec de Cubains expatriés en Afrique depuis longtemps, Clamence fut interpelé avec d'autres tiermondistes d'origines les plus variées pour aller entendre Ben Bella au Palais du Gouvernement (ex-Gouvernement Général) faire un discours interminable en arabe dont le ton indiquait une tempête force 10, ça lui sembla logique.

A la fin d'un discours qui glaçait d'effroi ceux qui le comprenait, il ne fut pas surpris d’entendre Ben Bella, flanqué de Boutef', prononcer deux mots intelligibles en français «SORTEZ IMMEDIATEMENT »

Embarqué par avion à Maison Blanche, Clamence apprit que ses effets personnels suivraient, ce qui ne fut jamais réalisé.

Au bout de quelques jours dans un point de chute à Marseille, passés à écumer les lieux les moins fréquentables, il fut cueilli par sa famille qui le cloua dans une discrète clinique psy du quartier de la rue de Charonne dans le 11° à Paris.

C’était pour la couverture sociale de la »famille »

Clamence voulait que ce texte fut un synopsis, écrit de mémoire, qui serait relu, vérifié puis étoffé ou …. détruit.

mardi 22 décembre 2020

22/12/2020 - CLAMENCE AURAIT A CHOISIR - DIRECTION COLLEGIALE OU PREMIER SECRETAIRE SEUL MAITRE A BORD ?


 Clamence avait reçu de sa Fédération Départementale du PS un mail l’informant d’un choix entre une Direction Collégiale et un Premier Secrétaire seul maître à bord

Ce choix était pour quelques mois ou pour l’avenir ?

Clamence savait que, selon Machiavel, Sun Tzu et Clausewitz réunis, on ne sort de l’ambiguïté qu’a son propre détriment, mais son temps n’était plus aux finasseries.

Si une équipe de 8 – il en avait mare des jeux où l’on coupe la tête du roi pour une voix de majorité – Si donc une équipe de 8 ne parvenait pas à définir le job de chacun, il fallait passer à un secrétariat centralisé

Dans les deux cas, les droits des minorités ne devaient pas être sacrifiés

Quel job pour chacun si la collégialité demeurait ?

1) Travail de documentation sur les résultats des trois derniers mandats et fichier des prospects tirés des listes dont des membres pourraient être militants socialistes

2) Relations avec les syndicats, les partis, les associations et les ONG qui nous sont proches + Relations avec les élus que nous avons soutenus

3) Relations avec tous les médias et pas seulement deux journaux + rédaction du Rappel avec l’aide de camarades volontaires

4) Prévisions budgétaires et suivi des résultats mensuels

5) Permanences sur le blog, sur Facebook et sur Tweeter de la Fédé.

6) 7) 8) Aide à l’animation des réunions de sections (3 personnes pour 3 secteurs)

9) Secrétariat pour les PV des réunions du bureau et du conseil fédéral, rapport validé ou pas lors de la réunion suivante

10) Modérateur maître du temps de parole de chacun

11) Responsable de la logistique de la fédé et des sections

12) Et le lien avec Paris ? Clamence ne savait pas – une représentation semestrielle tournante ? Un mandat annuel non renouvelable entre deux congrès nationaux ?

13) Traitement de l’info descendante de Paris ? N’est-ce pas une info directe du public, par dessus les structures du Parti ?

14) Contacts avec les nouveaux adhérents, rencontrés en groupe avec les secrétaires des sections concernées

NB : Certaines missions seraient à regrouper

L’HUILE DANS LE MOTEUR

Chaque membre de la Direction Collégiale échangerait en réunion avec ses collègues pour faire part de ses réalisations et de ses difficultés, il bénéficierait ainsi des remarques réciproques et ne resterait pas gardien solitaire de son domaine, ça doit s’appeler un codir ou un comex dans les organisations du XXI° siècle, efficaces et respectueuses de chacun.

 

lundi 21 décembre 2020

04/09/1960 – CLAMENCE OUVRIT LA VALISE A DOUBLEFOND


Arrivé à Marseille, au presbytère de temple protestant de la Rue Grignan qui l’hébergeait, Clamence s’empressa d’ouvrir la valise à double fond dont le cadenas était ouvert.

Il s’y trouvait le drapeau du FLN dont il reconnut la bordure. Il était sur le dessus du poste de TV du logement d’Idir, recouvert par un autre tapis pour qu’on ne puisse pas en voir le motif central

Il y avait aussi une note indiquant un café-hôtel en bordure du bidonville du Petit-Nanterre où Clamence devait se rendre la semaine suivante sans la valise à double fond.

Il s’y rendit, mais personne ne chercha à le joindre, en rentrant à Saint Germain en Laye où il était « auditeur libre » au Lycée international du SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) il eu l’impression d’être suivi en sortant de la gare sous l’esplanade du château

Cela se confirma quand quelqu’un le doublât en lui disant «Bonsoir Georges» - son troisième prénom qui allait lui servir de code – le troisième prénom de son père serait aussi utilisé de façon aléatoire -

 

Des certificats d’arrêt maladie fournis par un toubib complaisant, père d’un ami, lui permettait d’aller en Belgique quand cela était nécessaire

A chaque voyage la valise à double fond cadenassé était remplie par une autre personne que Clamence ne connaissait pas , lui y ajoutait des effets personnels dont il ne servait pas. Il n’avait pas la clé du cadenas et en cas d’arrestation il devait dire que quelqu’un qu’il ne connaissait pas lui avait demandé de remettre la dite-valise au Buffet de la gare de Bruxelles-midi, en faisant appeler un Théodore ou un Georges, de façon aléatoire.

Langlois et Franju, de la cinémathèque de Paris, lui avaient bidouillé un "ordre de mission" pour la CINEMATEK de Bruxelles rue Horta – visionner et inventorier les films expressionnistes allemands détenus par cette vielle cinémathèque -

Pour les faux papiers, Il sut plu tard que c’était Kaminsky, orfèvre en la matière, qui les avaient réalisés par idéalisme tiersmondiste. Le vieillir de quelques années ne fut pas difficile, tout au long de sa vie, il avait fait plus vieux que son âge .

Personne ne s’inquiéta de ses absences réitérées et il eut la chance de de ne jamais être contrôlé, surtout sur les petites routes de campagne de la frontière franco-belge.

Clamence ne sut jamais ce que contenait le double fond de sa valise (parfois de deux valises) des billets ? des armes ? des explosifs ? des documents ?

Comme on lui avait demandé, il n’avait jamais cherché à connaitre d’autres passeurs.

Ces questions et l’action solitaire l’avaient conduit à une sérieuse consommation d’alcools forts déjà bien entamée avant d’être adulte

Clamence était épuisé par ses aveux retenus depuis plus de 50 ans. Il reviendrait sur tout cela, mais ce soir, il n’avait pas envie de relire, car il allait tout effacer

Pourquoi écrire cela sur un blog, sur Facebook et sur Tweeter ?

La raison lui semblait encore obscure, mais Clamence savait qu'il la trouverait.

 

21/12/2020 - CLAMENCE RELISAIT LE DISCOURS FONDATEUR DE BLUM (1920)


 Clamence l’avait déjà décortiqué plusieurs fois, mais en ces jours de tourments pour le Parti Socialiste, il trouvait utile d’en souligner l’actualité 100 ans après

Que dire à ceux qui rêvaient de prendre sans le dire la place du Parti Communisme, dont l’expérience était morte avec la chute du mur de Berlin.

Ceux qui militaient encore sous le nom du PC, il y avait des intégristes et des nostalgiques inatteignables mais surtout des vieux camarades présents dans l’action irremplaçable du Secours Popu’ mais pas dans l’action politique du XXI° siècle.

Il y avait aussi Mélenchon et ses groupies qui y voyaient un créneau propice à prendre une bonne place d’opposant. L’intelligence et le passé de Mélenchon, apparatchik et sénateur socialiste durant des décennies plaident pour un scénario personnel et sans intérêt pour le parti socialiste à venir

 

 Ecoutons Blum sur l’aventure communiste

« Que la fin révolutionnaire, que l’idéal révolutionnaire, ce soit la prise des pouvoirs publics en elle-même et par elle-même, indépendamment de la transformation sociale dont elle doit devenir le moyen, cela, je le répète, c’est une conception anarchiste.

Car, lorsque vous raisonnez ainsi, quel est le seul résultat positif, certain, que vous avez en vue ?

C’est la destruction de l’appareil gouvernemental actuel.

Lorsque vous vous fixez à vous-même comme but la prise du pouvoir, sans être sûr que cette prise du pouvoir puisse aboutir à la transformation sociale, le seul but positif de votre renfort, c’est la destruction de ce qui est, et que l’on appelle l’appareil gouvernemental bourgeois.

Erreur anarchiste dans son origine et qui, à mon avis, est à la racine de la doctrine communiste »

« Et la représentation proportionnelle, croyez-vous qu’elle ait un autre objet ? »

 

La seconde citation que Clamence retenait comme une urgence très actuelle, portait sur la Règle Proportionnelle au sein du PS. Elle est traitée sans détour par Blum

« La Règle Proportionnelle – c’est là qu’est son importance capitale – n’était pas faite pour partager la direction entre diverses tendances, car, malgré tout, la loi des majorités existait dans le Parti au point de vue de l’action.

Quand une majorité de congrès ou une majorité de commission administrative permanente avait pris une décision, l’action de tous les membres du Parti était engagée.

L’importance de la Règle Proportionnelle n’était pas une importance politique ; c’était quelque chose de bien plus haut : c’était une importance morale.

La Règle Proportionnelle était le gage matériel de la liberté de pensée. (« Très bien ! » sur certains bancs, applaudissements)

La Règle Proportionnelle n’avait d’autre sens dans notre Parti – par cela même qu’il est de l’essence du socialisme de grouper tous les travailleurs, tous les prolétaires de tout le pays – que, à l’intérieur de la conception centrale du socialisme, toutes les variétés de pensées et d’opinions étaient tolérées.

Chacune de ces opinions, chacune de ces nuances avait sa part, sa juste part, sa libre part, dans l’élaboration de la pensée et de la volonté communes. »

 

Mieux vaudrait revisiter ces textes, avant qu’on nous les cache sous la confiture jusqu’en 2120 ?