Clamence s’était réveillé tardivement et avec les idées claires, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps malgré son abandon ancien des soirées enfumées et fortement alcoolisées.
Radio Classique distillait des œuvres propices à la rêverie, mais ce matin pour Clamence, une fenêtre s’ouvrait sur autre chose : une cohérence politique.
Il lui fallait faire vite avant que des parasites ne viennent envahir sa pensée, Anne Gatinel et son violoncelle lui furent une aide précieuse.
L’écroulement sur eux-mêmes du communisme soviétique et de ses satellites fut sans doute l’événement majeur du XX° sur lequel on n’écrira jamais assez. Ne serait-ce que pour chasser ceux et celles qui nous racontent qu’ils l’avaient prévu comme notre académicienne menteuse, Hélène Carrère d’Encausse ( elle avait prévu une révolte des régions musulmanes du Sud de l’URSS qui n’est jamais venue !)
Cette divine surprise fut comprise comme l’annonce d’un avenir radieux du capitalisme planétaire, avis partagé par ses bénéficiaires et ses collabos qui en touchent de bonnes miettes ou ont une peur panique des socialo-communistes. Un peu comme ils haïssent les juifs par connerie universelle.
Seul l’univers chinois échappait à ce constat. Le maintien du Parti Communiste en parallèle avec un capitalisme déchainé demeurait une énigme pour Clamence. Il attendra un nouveau Simon Leys qui tarde à venir, pour comprendre ce qui se passe dans l’Empire du Milieu
L’Histoire du communisme à l’Ouest et celle de son frère ennemi, le socialisme qui souhaitait parvenir au même résultat par des voies pacifiques avait atteint ses limites avec le départ de Mauroy et la fin du mandat d’Hollande. Un signal donné par le capitalisme leur dit que le plafond de verre était atteint et qu’ils ne devaient pas oublier qu’ils étaient leurs chiens de garde – fin de la récréation !
Les apparatchiks de tout poil comprirent qu’il fallait fouiner ailleurs, laissant bien seuls les militants en déshérence.
C’est la culture de gauche qui allait la sauver.
Dans son ubris, la bête capitaliste avait besoin d’agrandir le champ du marché et entrepris sa longue marche vers la privatisation de tout, secteurs ou services publics compris
La Gauche redécouvre la vertu des COMMUNS, confiés à l’Etat ou aux Coopératives quand celles-ci auront trouvé la voix d’une conduite vertueuse – aujourd’hui, elles ne sont pas forcément vertueuses, comme aurait dit Marguerite Duras –
Le champ d’action des COMMUNS pour la gauche restait à définir; Clamence avait quelques idées sur le sujet et ne retenait que les domaines qui étaient déjà grignotés ou bouffés.
Clamence pensait que l’eau, la police, l’enseignement, la santé y compris le médicament, l’armée, la justice, et d’autres dans les secteurs ou services publics, devraient être concernés comme COMMUNS.
Il verrait bien entrer dans le champ, les études notariales et d’huissiers.
Et les entreprises ?
Clamence avait sauté le pas, comment imaginer s’en passer sans que la relation entre les hommes soit différente, ce n’est pas pour demain.
Avec plus de modestie Clamence pensait qu’il n’était plus impossible que la place du salarié et celle de ses représentants s’imposent dans les statuts en France (certain) en Europe ( possible) ailleurs dans le monde hors de Chine (parfois)
Et l’écologie ?
Clamence estimait que ni le capitalisme, ni le communisme (y c.chinois) n’avaient fait de cadeau à la nature et qu’il y avait des changements à opérer aujourd’hui et pour toujours. Le capitalisme tentera bien de gratter sur les installations anciennes, mais ses investissements dans l’économie verte montrent qu’il ne sera pas en retard d’autant plus qu’il croit y réduire ses charges en personnel, ce dont la gauche peine à prendre conscience.
Le concours apporté aux plus démunis ?
La droite gèrera cela avec la charité, la gauche avec la lutte contre la malbouffe, la mauvaise santé, le logement sans confort, le transport trop cher pour ceux qui n’ont rien, la formation et la culture pour ceux qui croient que c’est pour les autres.
Clamence pensait que la gauche ferait un mariage entre gratuité et aide directe conduisant à la bouffe de qualité, la santé, le logement sain, le transport et la culture, accessibles aux plus modestes pour leur permettre de rejoindre le monde des actifs
Il reste des domaines où personne ne sait encore comment faire de façon efficace
*Comment juguler les détournements fiscaux qui se recréent après chaque combat gagné ?
*Comment parvenir à la «vie bonne» de Paul Ricoeur ? Son œuvre est tellement vaste et difficile que Clamence s’y était perdu parfois, mais ilrecommencerait.
*Croissance inopportune et décroissance souhaité ? Relire Charbonneau et Ellul (fin du XX°) lui sera utile pour aller plus loin.
Clamence s’arrêta d’écrire et se rendormit en rêvant de lions.
Il ne relu pas son texte par peur de tout effacer comme il le fit souvent – Il verrait demain ou jamais -
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire