Après l’achat des viennoiseries, dans une très ancienne pâtisserie et les journaux du dimanche matin près de la gare de sa petite ville de province, Clamence avait pris l’habitude de se rendre seul au culte protestant d’un temple situé dans une ancienne chapelle des Cordeliers.
Clamence arrivait après le début et partait avant la fin de l’office afin de ne pas avoir à échanger avec les paroissiens qui n’en avaient pas plus envie que lui. Pour Clamence, c’étaient des gens qu’il avait quittés 40 ans plutôt par inintérêt pour le piétisme ambiant et qu’il retrouvait sans rien avoir à échanger – il avait tort –
Il avait croisé les orientations d’une revue admirable fondée en 1886 Évangile et Liberté :
« Par souci de vérité et de fidélité au message évangélique, nous affirmons :
· la primauté de la foi sur les doctrines,
· la vocation de l’homme à la liberté,
· la constante nécessitée d’une critique réformatrice,
· la valeur relative des institutions ecclésiastiques,
· notre désir de réaliser une active fraternité entre les hommes qui sont tous, sans distinction, enfants de Dieu. »
Les protestants qui soutenaient cette frange dans la minorité protestante en France, Clamence avait fini par les trouver indispensables, ils les avaient découvert après une lecture approfondie de deux hommes du milieu du XVII° siècle, Barush Spinoza et de Blaise Pascal, un juif ashkénaze qui exprime la pleine vérité de l’homme, sauvé du bucher par son talent de polisseur de lentilles et un janséniste qui a tout dit de la foi en peu de mots
« Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout, si vous perdez, vous ne perdez rien. »
Camus, nous disait qu’entre la révolution et sa mère, il choisit sa mère et donc que les crimes contre les civils sont impardonnables aux yeux de l’humanité – Clamence avait mis beaucoup de temps, mais il avait fini par se convaincre que seule la grâce de Dieu pardonne les crimes immondes commis par les hommes, à condition d’enseigner que ces assassinats sont interdits aux hommes qui sont toujours faillibles.
Quand aura-t-il le courage d’aller à la fin de l’été, aux journées d'automne "Evangile et Liberté", au Club Belamba de la Grand Motte ? Clamence y pense, mais La Grand Motte est chaque année plus loin.
PS Clamence lisait et relisait Bernanos pour y trouver ce qui faisait l’inspiration de cet écrivain/philosophe hors du commun – Quand pourrait-il en parler ?

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