Clamence se jeta à corps perdu dans la bataille. Les outils de gestion progressaient comme ceux des sociétaires.
Travailler de 8 h à 24 h , tous les jours, parfois sans congés était la contrepartie folle de l'idéal porté : un homme/une voix - pas de bénéfs pour des actionnaires qui n'existaient pas.
Cela ne convenait pas aux feignants, mais aussi à ceux qui prenaient soin de leur famille ou de leur santé.
Clamence ne voulait pas le voir.
Son management d'équipe était nul, mais celui des autres était pire.
Passé par l'Ecole de formatage des cadres supérieurs de la branche, un bel avenir lui était assuré, bien qu'il commençait à s'attaquer à la corruption endémique de la boite.
Il croisa la route d'un brillant cadre supérieur qui voulut dessouder les élus vermoulus et sans doute corrompus. Le Napoléon y laissa la tête, lui sauva la sienne en redoublant d’efforts y compris dans le domaine de l'assurance des coopératives agricoles dont il devint un spécialiste.
Ce fut une période de combats contre de nouvelles embauches en doublon, destinées à le tuer, mais il parvint à les éliminer - personne ne savait embaucher de tueurs dans cette entreprise -
Il était évident que derrière la façade, la couverture des risques se mélangeait par le jeu de la réassurance dans le pot commun du capitalisme néolibéral naissant, mais personne n'en faisait état.
Clamence ne voulait pas voir que les organisations mutuelles ne se structuraient pas au plan européen, ce qui les auraient libérées du capitalisme international.
La folie des grandeurs enflamma les chefs jusqu'en Chine où ils réussirent à mouiller les élus totalement dépassés; en 2008 , le groupe se retrouva dans la faillite de Madoff, escroc basique, et par milliards de dollars
Clamence avait pris sa retraite statutaire avant ce feu d'artifice.
Avant de partir son petit Directeur Général avait cru le blesser une ultime fois, en lui disant qu'il n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi détesté que lui.
Clamence avait marqué le coup sans répondre, pensant qu'il ne faut pas parler aux cons, car ça risque de les instruire. Il aurait pu cependant lui dire que Directeur Général en place, il ne risquait pas de savoir ce que son entourage pensait de lui - c'est fait -
Pendant tout ce temps "une petite main douce et ferme" avait élevé les enfants (très bien) s'était occupée de la maison (très bien aussi) et l'avait soutenu, malgré son penchant à manger et boire de trop et aussi à fumer du demi-havane dès 8 h du matin - malgré tout ça, elle ne regrettait pas sa vie passée à l'INSEE.
Pour son départ, Clamence invita à déjeuner, sur ses fonds personnels, 50 collaborateurs les plus proches qui vinrent tous et lui firent cadeaux de livres rares - Ils se dirent adieu pour toujours, Clamence partait vers l'Ouest -

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire